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dimanche 7 janvier 2018

Croquis -5-

Au centre l'arbre est dressé comme une ombre. Il emplit tout l'espace. À gauche à droite les hauts sont clair azur. En bas les herbes rares. Le feuillage s'enfouit dans un large terrier. Il n'y a que l'attente du vent. Aucun bruit ne viendrait troubler la surface du rêve. Dans le bois les fibres ont des mouvements de femme, des combats se livrent et des sueurs sacrées montent des feuilles vers des astres lointains.

mercredi 20 décembre 2017


J'ai regardé ce jour passer, comme un grand bateau blanc sur le fleuve. En cuisine, la roue du temps battait l'eau pour la monter en neige. J'ai accueilli un lac dans mon ventre, avec ses roselières ses ombres ondulantes. Dans mes poumons une forêt de montagne aux senteurs de rocaille. Je marchais. D'un œil vide je contemplais la plaine. Contre l'absence rien ne se peut. Le port était loin et de mon geste inquiet j'avais soufflé la dernière allumette.

jeudi 7 décembre 2017

Croquis -4-

J'ai découpé du papier bleu, un ciel d'été. La Loire était partout et le sable des grèves se morfondait de son pays natal, montagnes portant le lourd miroir. Une barque, comme un rêve de Chine, dormait. L'eau, leur compagnie rompue, lui offrait de huileuses caresses. Du bois mort pourrissait tandis que des épaves enfouies sous des dépôts menteurs comptaient les siècles pour trouver le sommeil. Trouant, d'abord de leur regard la surface du fleuve des sternes guettaient leurs proies.



vendredi 10 novembre 2017

Croquis -3-

Un matin de glace, bleu livide. Les feuilles du saule, d'abord saisies dans le sommeil, se laissent aller à mourir et tombent en pluie aussi légère que celle des pétales des fleurs du cerisier, silencieuse dans l'opposé du temps. Chute délicate où le vieux corps ne pèse plus, agilité de rejoindre le sol en tournoyant parmi les gouttes épaisses que jette la glace transpercée de soleil. Le sol devient argenté de ces feuilles qui, l'espace d'un instant, ont tenté de changer le saule en olivier pour m'emporter loin de l'hiver, maintenant que le bleu plus vif s'est réfugié dans les lointains du ciel.

lundi 6 novembre 2017

Croquis -2-

Des ronds jaunes. Qu'est-ce? Fruits ou fleurs.

Ici les bruns s'enfoncent jusqu'au noir, jusqu'au bord.
L’œil attrape une traînée blanche.
Là, est-ce un ciel et l'angle d'une armoire qui borde la fenêtre?
Une horloge silencieuse dont il faut entendre les coups.
Un chien allongé les yeux clos. Une invite aussi douce qu'une gelée de pommes.
Narcotique.

mercredi 18 octobre 2017

Croquis -1-

L'automne se dessine
là où les mots s'effacent pour laisser place à ce qui va disparaître
dans l'écarlate
feuilles et fleurs en violence
sans retenue
sous l'heureuse tenture lourde des ors de la mélancolie
portant d'épais colliers de bronze tachés d'oxydation

dimanche 3 septembre 2017

Arbres 4 (Réponses)

D'abord à peine visible puis barrant l'horizon, le trait bleu de l'enfance se déploie. Un drapeau rebelle fouetté de rafales que l'arbre impassible contemple. Dans le jour déplié comme des yeux qui s'ouvrent, je verrai la lumière traverser sans détours la ramure, sur la pointe des pieds.
Longtemps j'ai grimpé aux cimes des vieux arbres pour me rapprocher des étoiles, m'éblouir de leurs cristaux ardents. Aux instants de lassitude les ailes repliées épargnaient le vertige.
Toujours l'arbre veille. Jamais ne s'effacent les dits engravés sur l'écorce. Pas un sommeil. À la longue, endurcis aux tempêtes, ils se masquent de lichens indifférents au souffle. Leur temps marque sa profondeur dans le nuage, signe sur l'arbre ses crevasses.
Non loin l'eau court, intarissable. La source chansonne de vive voix. C.'est l'arbre-océan qui lance ses bras dans le courants du vent déchiré de pluie pour te bercer dans la rude couverture de ses contes. Sa voix a le grain des graviers qui s'entrechoquent.. Pourtant elle avance nu-pieds sur l'herbe caressante, dans l'orbe d'un feuillage attrapé de lumière, une aube dans son chant.