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dimanche 3 septembre 2017

Arbres 4 (Réponses)

D'abord à peine visible puis barrant l'horizon, le trait bleu de l'enfance se déploie. Un drapeau rebelle fouetté de rafales que l'arbre impassible contemple. Dans le jour déplié comme des yeux qui s'ouvrent, je verrai la lumière traverser sans détours la ramure, sur la pointe des pieds.
Longtemps j'ai grimpé aux cimes des vieux arbres pour me rapprocher des étoiles, m'éblouir de leurs cristaux ardents. Aux instants de lassitude les ailes repliées épargnaient le vertige.
Toujours l'arbre veille. Jamais ne s'effacent les dits engravés sur l'écorce. Pas un sommeil. À la longue, endurcis aux tempêtes, ils se masquent de lichens indifférents au souffle. Leur temps marque sa profondeur dans le nuage, signe sur l'arbre ses crevasses.
Non loin l'eau court, intarissable. La source chansonne de vive voix. C.'est l'arbre-océan qui lance ses bras dans le courants du vent déchiré de pluie pour te bercer dans la rude couverture de ses contes. Sa voix a le grain des graviers qui s'entrechoquent.. Pourtant elle avance nu-pieds sur l'herbe caressante, dans l'orbe d'un feuillage attrapé de lumière, une aube dans son chant.


jeudi 29 juin 2017

Arbres 3 (réponses)

Lentement la nuit monte dans l'arbre. Sous le poids le grand totem ploie jusqu'à terre pour y boire le lait de son enfance. Hêtre mon océan, j'ai caressé ta peau, grise huilée, plissée du lent labeur de t'élever encore et j'ai appris à écarter les bras. Ô mon arbre, indéchiffrable indifférent, frémissant à tout vent, mon chemin vertical qui m'offre les étoiles.
S’asseoir sur la branche courbe pour attendre le chant et l'entendre, montant de la mousse quand la clairière brasille sous un faisceau de lune.
Soleil ardent des jours paisibles. Le saule lascif capte toute lumière. L'ombre des paillers s'incline devant la beauté de l'été, intense comme un chagrin.
Ensuite. À travers bois, quand les troncs sont barreaux qui s'effacent, je marche et la prison ouvre sa porte, monte alors un parfum, de chèvrefeuille ou de menthe. Se perdre est une heureuse ivresse.
Et toi. Dans ce nuage voguant sur l'océan je te reconnais, dans cet arbre bruissant sous le souffle du vent je t'entends. Comme de toi, de l'arbre rien ne sais. Ses racines et son faîte tant haut et la sève changée en larmes quand le printemps finit et tes yeux qui s'en vont et qui parfois se ferment. Une main sur l'écorce j'écoute, je guette le mystère.


vendredi 23 juin 2017

Arbres 2 (Réponses)

De leurs récits sans âge mes arbres-frères berçaient le jour la pluie les heures, le bleu l'eau et ta bouche. Le vent avait accroché à leurs branches des feuilles migratrices, en lambeaux, découpés à la hâte. On pouvait profiter du passage vers le monde où les arbres s'enfoncent dans le ciel pour aller lire l'avenir écrit sur les nimbes nomades.
Le muret longeait le chemin mais toujours le pas le mesure, et le nombre s’accroissait. Le ciel étendu que les arbres balisent de jalons insolents me cortégeait.
Après, forcément, vient la soif. Je le sais.L'eau vive aura la vigueur d'une aile franchissant la montagne.
Dans le sous-bois je sentais l'odeur de la solitude et son côté douceâtre m'a forcé à ralentir le pas.
Voilà le cri du geai. Une alerte a glissé dans la trame des feuillages au bruissement choral.
Il se pourrait qu'il y ait le froid. La glace aurait figé l'alouette sous l'arche des arbres printaniers dont je dessine les fleurs. Une heure verticale à gravir.
Au matin, la moindre inattention et la nuit se dérobe. La rose nue est froissée dans le jardin aux herbes. Traces confuses. L'arbre gémit. Il est trop tôt.
Au pied du pommier a roulé une boule d'argile qu aspire au sommeil mais que deux mains saisissent.


mercredi 21 juin 2017

Arbres (Réponses)

Un arbre se dressait, une prière aux nuages. Y monter pour contempler le monde. Feuillages traversés par les yeux du voyant qui dans le feu du rêve voit les arbres-torches éclairer l'avenir. Une lumière verte traverse le manteau, ses rayons obliques s'enfoncent jusqu'à l'ombre des pas dans la tourbière glacée. Le temps s'écoule par les entrelacs des écorces. Cascade, la danse est immobile, pétrifiée de lenteur, morceau d'éternité. Écoute, ce que l'arbre chuchote s'élève sur la plaine dans le jour du partage.
Autant violent qu'un cri, le silence est venu me heurter. Défait, je me suis allongé sur la mousse pour entendre l'arbre respirer avec moi et rappeler ce jour où l'arbre a enlacé la roche, souterraines amours. Mais que dire de l'arrachement à venir. Le vent.
Voilà les fleurs de l'amandier posées sur le ciel étendu et l'écorce, grisée par les hivers, qui se dresse vers elles dans un geste si tendre.


jeudi 1 juin 2017

Réponse 61432

Le mur couvert de ronces saigne
et ce sang noir et bleu tâche la blanche craie
irrémédiablement
je prends le pas du loup quand le silence vient
qui écrase les ombres le bois mort les regrets
l'eau grenaille sa voix pour fabriquer son rire
la canaille m'appelle
douce voix chuchotant à la rive
j'y regarde les reflets tel un héron cendré affamé mais prudent
pour pêcher un message que je ne saurai lire
mes pieds seuls partent à la dérive
vers la croisée des chemins où s'étend
le bleu froissé de la nuit et sa jupe remontée jusqu'à l'horizon incendié
le vent est nu et berce les cendres pour qu'elles s'endorment enfin
épuisées d'avoir tant crié
elles se mêleront aux poussières d'autrefois et d'ailleurs

mardi 23 mai 2017

Prière

Mouvements voluptueux du bleu
on pourrait croire l'été
mais les cernes du bois s'enroulent
tandis que s'avancent incertains de l'annonce
des mots qui sonnent comme des gouttes
dans une flaque de pluie
tout se brise en autant de morceaux que d'aiguilles dans le pin
tout ce qui miroitait
maintenant tout est prêt et l'oiseau peut chanter
mais qui sait si l'audace de l'envol sera au rendez-vous
la corde et le cerf-volant sont baignés de lumière
le sel brille dans les rayons obliques
éclat de la terre et
de la sueur des hommes
l'odeur de vase crisse le jour est à regret
avoir si peu de temps
le voir luire
un cristal
et le goût sur la langue
une prière

mercredi 3 mai 2017

.Réponse 551

Au pied du pommier blanc une boule d'argile a roulé.
Patiemment façonnée comme un sein caressé par les mains du potier,
humide de l'eau première, elle s'est arrêtée devant son ombre,
là où commence le bleu de l'herbe.
Elle séchera au soleil comme une amande mûrit.
Elle nourrira la graine dans le silence de son obscurité.
Tenace un germe grignote les ténèbres de glaise.
Une faille fend la boule d'où surgiront au feu de la passion deux coupes en regard,
images réfléchies.
Le pommier fait litière de son ombre.